CR DP de l’ET BFC 10/12/2015

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56705cb76cdb9-0Déclaration préliminaire à la réunion des Délégués du Personnel du 10 décembre 2015.
Monsieur le Directeur,
L’actualité dramatique de la mi-novembre aura permis à l’entreprise de ne pas être trop exposée à la suite de l’accident d’Eckwersheim, mais c’est une blessure profonde pour les cheminots d’autant plus qu’il est en tous points similaire à celui survenu en Espagne (une rupture de séquence à un moment crucial doublé d’une absence de garde fou) et qui, déjà, avait été traumatisant pour l’ensemble du monde ferroviaire. Au delà des victimes, décédées ou blessées, et leurs familles, aux quelles nous apportons à nouveau toute notre compassion et notre soutien, c’est dans l’essence même de notre approche sécuritaire que le malaise se fait jour. Et il faudra aller plus loin que la seule interdiction de personne en cabine. D’ailleurs, l’entreprise reconnait, dans son dernier opus du journal « traction » que discuter en conduisant avec un passager n’est pas plus incidentogène que la solitude. Il faut donc regarder plus loin et dès lors une évidence s’impose : plus nous allons vers des exigences élevées et moins la sécurité ne peut reposer sur le seul humain.

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La faillibilité de l’être humain ne permet pas, dès lors que l’on travaille dans un environnement proche des limites, de s’affranchir de systèmes automatiques exerçant une surveillance implacable. Imaginons notre quotidien médiatique si nous n’avions plus, sur l’ensemble du réseau, de COVIT, KVB, DAAT, RS, pétards etc. Autant imaginer un monde sans parapets sur les ponts ! Nos systèmes de sécurité sont les parapets nécessaires à l’exercice des exigences de notre profession. Comme le parapet garantira un environnement sécuritaire et empêchera la chute involontaire, nos systèmes sont là pour palier les imperfections découlant du fonctionnement normal du cerveau humain qui ne pourra jamais, à lui seul, garantir l’application stricte de procédures, complexes ou simples, en toute situation.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas remettre au coeur de nos métiers l’application des procédures qui souffre cruellement depuis quelques années d’une certaine approche comptable ayant conduit à la diminution de la formation continue, tant dans son volume que dans son contenu. Le sursaut que cet accident a produit sur le plus haut niveau de l’entreprise ne doit pas être cosmétique. C’est une démarche totalement nouvelle, timidement exprimée dans l’entreprise au travers des méthodes de CRM, que l’on doit développer. S’il est impératif que les agents aient une connaissance complète et parfaite des procédures, il est nécessaire qu’ils aient aussi une parfaite connaissance des faiblesses humaines. Cet ensemble demande des journées de formation continue pour la maitrise des premières et un changement d’état d’esprit pour les secondes.
En termes de formation continue, compte tenu à la fois du nombre de procédures dont certaines ont une fréquence quasi confidentielle et du nombre de modifications réglementaires, le pas d’une journée par trimestre doit être retenu comme étant un minimum. Ces actions collectives doivent se doubler d’un suivi individuel, notamment au travers des accompagnements, par un dirigeant qui doit redevenir de proximité.
En termes de connaissance de l’humain, favoriser l’échange sans contrainte entre les différents acteurs de la sécurité dans et hors entreprise, retrouver une certaine cohérence dans l’application des procédures quelque soit le métier, mais aussi revoir l’approche d’évaluation des agents. Les études montrent que la sanction systématique, loin d’améliorer la sécurité peut, par des reflexes naturels de dissimulation, aggraver la situation. A l’inverse, la compréhension des erreurs et des moteurs qui les ont stimulées permettent des avancées significatives dans l’amélioration de la sécurité et est, à ce jour, la seule façon efficace et reconnue de lutter contre les déficiences humaines.
Passer d’une évaluation basée sur les erreurs constatées à une évaluation sur la qualité de l’analyse comportementale ayant entrainé l’erreur, réalisée par l’agent lui-même, permettant à la fois de lui faire prendre conscience d’une attitude inadaptée, de ses éventuelles lacunes et de retrouver les bonnes attitudes, nous parait être la voie à privilégier. Il n’est pas possible de se dire manager en ne faisant que compter les erreurs.

Enfin, il conviendra de ne pas négliger l’environnement de travail car il est le terreau sur lequel se développeront les fruits tant attendus. La qualité du matériel, la qualité des postes de conduite, la qualité des voies et de leurs abords, la qualité des relations avec les autres services, la qualité des sillons, la qualité du montage des journées, la qualité des périodes de repos, RHR, congés, la qualité du parcours pro, la qualité des formations, la qualité du dialogue avec l’entreprise, la qualité du dialogue social, la qualité des réponses aux attentes des agents en un mot votre capacité à créer un environnement de travail professionnel sera déterminant dans la qualité des résultats et au final dans la qualité apportée à nos clients. Un haut niveau de sécurité est une des composantes essentielles de la qualité de service que nous devons à nos clients. Ce haut niveau de sécurité ne peut exister sans un management d’une grande rigueur, sauf à admettre, et ce serait idiot, l’inutilité de l’encadrement.